Bogota : les misak bloquent la capitale, revendiquant leurs terres ancestrales
Bogota est redevenue le théâtre de revendications sociales massives, cette fois au cœur de la mobilisation des communautés indigènes du Cauca. L'arrivée, le 11 mai dernier, d'une flottille de ‘chivas’ – ces bus typiques de la région – a déclenché une action de protestation sans relâche des Misak à travers la capitale colombienne.
Une lutte acharnée pour la reconnaissance
Le cœur de cette nouvelle ‘minga’ – expression colombienne désignant une forme de mobilisation collective – réside dans la réclamation des garanties de sécurité et, surtout, de l’annulation des dernières décisions de l’Agence Nationale des Terres (ANT). Selon les leaders Misak, ces décisions menacent la propriété de leurs territoires ancestraux, une question qui se situe au cœur d'un conflit plus large et de plus de décennies.

Des demandes pressantes, un état défaillant
Cette mobilisation n’est pas le fruit du hasard. Les dirigeants de la communauté Misak, dont les voix sont celles de figures comme Luis Enrique Yalanda, dénoncent une « bureaucratie inerte », incapable de répondre à leurs attentes après de multiples accords signés avec l’État. Les revendications sont claires : expansion territoriale pour le Resguardo La María, sécurisation et constitution de cabildos (conseils indigènes) pour les communautés Nasa Chantre et El Edén, et validation des recensements pour assurer une représentation démographique fidèle. C’est une question de justice fondamentale.

Un blocage total et des répercussions immédiates
Depuis le 11 mai, les manifestants ont occupé les lieux de l’ANT et de l’Agence de Développement Rural (ADR). Le résultat ? Plus de 120 véhicules – voitures et motos appartenant à des fonctionnaires du DANE, du Ministère des Mines et de l’INVIMA – ont été bloqués dans les parkings des institutions. La situation est devenue aussi complexe que d'installer des cuisines artisanales et des tentes dans les couloirs des bâtiments publics, créant une véritable crise logistique pour le district. Une pression sans merci.
Un calendrier de manifestations intensifié
Le programme de mobilisation s’intensifie : le 13 mai, un plantón (concentration de manifestants) sera organisé à Fontibón, devant l’IDPAC, et le 15 mai, un rassemblement convoqué par SINTRAUNISEGURIDAD se tiendra à RCN, sur l’Avenida de las Américas. Enfin, un autre plantón, axé sur le respect de la participation juvénile, aura lieu le 15 mai, à 3h30 pm.
Négociations au point mort
Les tentatives de dialogue initiales, avec des délégués du Ministère de l’Agriculture et de l’ANT, n’ont abouti à rien de concret. Les Misak sont fermes : ils n’ont pas de date de départ fixée. Ils estiment une présence de trois à quatre jours, mais insistent sur le fait que leur présence dépendra de la volonté du gouvernement de proposer des solutions tangibles, et non des simples promesses. Les discussions reprendront ce mardi 12 mai, dans un climat d’incertitude palpable. Mais la patience des Misak s’amenuise.
